Que disent-elles de vous ces oeuvres nombreuses et fortes ? ... Elles nous disent le gamin de Neufmanil que vous avez été et à qui rien n'échappait parce que tout retentissait en lui et prenait sens ... Vous aviez déjà cette capacité formidable de voir au-delà des apparences, à travers la réalité, à travers la chair des hommes, l'épaisseur des évènements, la rudesse du travail, la tendresse des femmes et des mères : les humbles, les fils d'ouvriers dont vous étiez, ont souvent cette capacité là ! et chez vous, elle est grande ! ... Elle s'est enrichie auprès des enfants de ceux là que vous avez enseigné votre vie durant ! ... O, l'éblouissement aux gueules des cubillots et les brûlures des coulées sur vos toiles ... Les coulées d'argent sur les toits des maisons ouvrières après la pluie ... Les grisailles froides des hivers au bord du coeur ... Les friches lépreuses à l'orée du bourg ... Les lumières des soirs pleins de l'espoir des hommes en lutte ... Elles nous disent l'artisan que vous êtes et qui peine en sa boutique, au haut de votre jardin empli de fleurs et de lumières ... L'artisan, ce mot qui nous vient du grec ars et qui définit la manière d'être avant la manière d'agir et de nous donner le mot artiste ... Chez les grecs on appelait ce dernier démiurge ... celui qui fait des miracles ! ... Vous me voyez venir ! ... Vous êtes l'artisan - démiurge qui fait des miracles sur la toile rêche, sur l'isorel mal léché, sur les supports les plus divers ... O, ces forêts habitées d'ombres bleues et de présences ... Ces neiges violettes soufflées sur des chemins forestiers qui mènent ailleurs, là où naissent les rêves, les peurs et les certitudes ... Ces lumières et les couleurs chaudes de l'été qui palpitent sur des feuillages sans repos ... Ces griffures du gel, ces chiffons de brouillards cardés aux arbres nus ... Elles nous disent vos silences habités, vos émotions retenues, vos sensations qui vous envahissent ... pardon ... qui nous envahissent, nous bousculent, nous touchent au plus profond ... C'est que, voyez-vous, vous savez dire l'Ardenne comme on aimerait le dire, si on savait, si on osait ... O, ces matières, ces rouches et ces aplats, et ces griffures qui vont chercher des lumières sous des couches de pastels enfuis ... Et vos inclusions de sable, de cailloux, de pailles sèches ... Et les bonheurs du hasard ... [...] Vos oeuvres disent quelques chose de nous même ... Car enfin, elles ne vous appartiennent plus, une fois accrochées aux cimaises d'une galerie, au mur d'un musée, au secret d'une maison particulière ... Elles sont nôtres et ne disent plus rien de vous. Elles sont elles mêmes, en dehors de vous ... parce qu'elles nous invitent à un face à face très personnel, une mystérieuse réciprocité de conscience ... Il en va ainsi dans trois relations où l'autre me fait autre ... où on peut dire : je te fais autre, tu me fais autre : la relation amoureuse ... la relation mystique ... la relation esthétique ... Je tiens cette expérience de la vie et d'un philosophe, Maurice Nédoncelle qui m'enseigna voilà ... bien longtemps et marqua mes jeunes années ... Voilà beaucoup moins longtemps, l'année passée, vous m'avez fait l'honneur de me demander quelques textes pour accompagner  vos huiles, vos acryliques, vos encres et pastels gras reproduits dans ce magnifique livre Simon C. Peintures édité par Terres Ardennaises ... J'ai retrouvé à travers ce travail et la contemplation de vos oeuvres, ce surgissement d'une relation qui nous fait autre. Il est temps de nous laisser submerger par les lumières, les ombres, les émotions, les éclats, les violences, les recherches, les audaces, les silences de vos toiles ...  les silences. Jacques THÉRET Suivant Précédent Envoyez un courriel à Simon Cocu